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Chapitre 1

C'est Lui ! Il est enfin né, notre fils chéri !
Il se prénommera Guerwitt et aura un très grand avenir. Il sera Grand Prêtre j'en suis sûre. Une mère ne peut douter. Déline, notre conseillère avait prédit son arrivée. Elle nous avait annoncé un avenir incertain mais grandiose pour notre fils unique.
-Fils, l'avenir t'appartient désormais.

C'est ainsi que je suis venu au monde, avec la chance inouïe d'appartenir à une famille qui allait pouvoir s'élever au-dessus de tout et simplement grâce à moi ! Vous rendez-vous bien compte ? Grâce à MOI vous dis-je !
En tant que futur Grand Prêtre, j'étais royalement adulé et respecté. Tous venaient m'admirer, me combler de présents et ceci alors que je n'avais que quelques mois. Je grandis dans un environnement plus que protégé jusqu'à ma majorité de jeune garçon. J'avais alors cinq ans et je m'apprêtais à entamer mon initiation de prêtre. L'initiation devait durer huit longues années jusqu'à ce que j'atteigne le second palier, celui de ma deuxième majorité. Ces huit années me furent plus que profitables et fructueuses. Le temps passé à apprendre encore et toujours plus me permis d'emmagasiner de nombreuse connaissances dans tous les domaines de la vie : les sciences, la religion, la politique... Tout ce qui, je le pensais alors, me serait parfaitement inutile. Un Grand Prêtre n'a pas besoin de tout cela. Il lui suffit de claquer des doigts pour demander et obtenir. A quoi bon me faire perdre mon temps et mon énergie si précieuse ? Je serais l'unique Grand Prêtre de toutes les cités réunies, je serais celui qui dirigera, qui imposera enfin des vraies lois, des lois justes et nécessaires pour le bien être de tout le petit peuple. Je n'imaginais alors pas à quel point, le fait de posséder un univers pouvait être jouissif mais non moins tendancieux. Je ne m'étais jamais posé de questions ni sur mon rôle, ni pour le choix qui s'était opéré sur ma personne et mon avenir. Je me savais être le plus exceptionnel d'entre tous. Leur choix avait été dicté par une simple logique, ce que j'étais, un être parfaitement conçu et sans le moindre défaut de fabrication. Mon adn étant classé parmi les six premiers de toutes les citées, il était impensable que je ne devienne pas l'Un. A maintes reprises, j'eus l'occasion de m'observer et de trouver tout de même quelques infimes reproches. Infimes mais non moins réels ! L'un étant indubitablement plus flagrant. Mes longues après-midi d'observations me permirent de noter que j'étais plutôt bien proportionné, mes concepteurs avaient fait un travail presque irréprochable exception faite de ce détail qui ne m'apportait qu'exaspérations : mon nombril. Le point centralisateur de tout mon être était légèrement désaxé. A un petit millimètre près me diriez-vous, mais un millimètre n'est-ce pas important si l'on doit incarner la perfection ? On oublie bien trop souvent ce détail qui sublime tout le reste. Cette erreur était-elle imputable à mes concepteurs ou mes géniteurs ? Quoi qu'il en soit les fautifs payeront le prix qu'il convient pour une telle erreur le jour où je les démasquerai. L'Un doit être le plus parfait, le plus irréprochable de tous. Dans mes moments de désespoirs, je me sentais raté, misérable et pitoyable à la fois.
J'étais donc destiné à devenir au moins Grand Prêtre et au mieux l'Un. Je serais donc éternellement seul, il me faudrait combler ce vide à tout prix. les servantes d'un soir ferait une bonne affaire faute de mieux. La solitude... Une bien dure réalité pour un jeune homme qui découvre à peine sa sexualité. Les formateurs n'ont cessé de me cloîtrer dans de fausses certitudes bourrées d'excentrisme et de ridicule. Quel homme accepterait d'être seul dans son lit ? Quel homme accepterait de résister à la tentation de la chair à tout jamais ? Selon mes formateurs, les expériences sexuelles sont dégradantes et méprisables et ne conviennent en aucun cas aux personnes de mon rang. Voilà ce qui marqua le début de ma propre décadence. Je brisa ce mur, invisible à mes yeux, avec ma  propre soeur. Après tout, je serais Grand Prêtre, personne ne peut me dicter ce qui est bon ou pas. Ma vie n'appartient qu'à moi et j'en ferais ce que bon me semblera.

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